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La fonction sociologique du fa'a'amu

Mis à jour : 16 avr. 2018


Les raisons de confier son enfant à d’autres adultes étaient variées. 

Il pouvait s’agir du désir d’avoir des enfants à la maison, comme une sorte d’assurance vieillesse, ou encore pour établir ou confirmer ou renforcer une relation sociale entre deux familles. On pouvait vouloir honorer des parents ou au contraire remplir une obligation pour un service rendu.

Les ethnologues, comme Elliston [3] ont expliqué que ces services rendus créent des subordinations et instaurent une relation identique à une parenté. Les bénéficiaires contractent ainsi une obligation implicite de contre-don. Il a insisté sur le rôle particulièrement structurant des relations nourricières, créant des allégeances et une véritable relation familiale, équivalente au lien du sang. 

Le lien crée par la pratique du fa’a’amu possédait la même fonction sociologique que le mariage.

Le don de l’enfant demandé par quelqu’un était culturellement prescrit, et le refus de donner peu envisageable. La charge de réciprocité était cependant implicite. 

Ainsi, les échanges d’enfant faisaient partie intégrante de la culture ma’ohi et contribuaient dans certains cas à établir des alliances, à franchir des barrières sociales ou à renforcer des liens entre les parties.

En résumé, l’enfant polynésien n’était pas la propriété du couple qui le concevait. Il était à la disposition du groupe familial qui en prenait la responsabilité. Une autre fonction du fa’a’amu était d’éviter les liens privilégiés de la famille nucléaire de s’établir, telle qu’on la conçoit dans le monde occidental. Pour s’affranchir d’une éventuelle menace pesant sur l’harmonie du groupe, on s’efforçait de rediriger les affections instinctives de l’enfant vers d’autres adultes. L’enfant subissait un « sevrage social », c’est pourquoi il était le plus souvent confié à ses parents nourriciers peu après la naissance [1]. Le plus souvent, les parents de naissance pouvaient choisir les parents nourriciers de leur enfant, sauf il s’agissait d’une logique de contre-don, bien évidemment. 


Néanmoins, ces enfants n’étaient jamais confiés au hasard.


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  • Interview Tetuanui
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  • Tetuanui
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© 2018 par Prisca Guillemette Artur