• Prisca

Le témoignage de Chloé

Mis à jour : 25 févr 2019


Temanu et sa maman Chloé

Nous avons découvert le fa'a'amu grâce à des amis habitant à Tahiti qui nous ont parlé de cette adoption différente de celles dont nous avions entendu parler dans notre parcours d’adoption. Nous souhaitions adopter un enfant en suivant la tradition du fa'a'amu parce qu'il nous semblait que c'était une façon plus sereine de permettre à un enfant de grandir : il n'y a pas de « trou noir» dans son histoire, il connait toutes les parties de cette histoire et peut poser ses questions à qui il le souhaite, au moment où il a besoin de réponses. Nous souhaitions également rencontrer la famille de naissance de notre futur enfant, pour pouvoir nouer des liens avec elle. Il nous semblait que dans ce projet d’adoption, il ne s’agissait pas seulement de la recherche d’un enfant pour construire une famille, mais bien de la rencontre de deux histoires et deux familles : une famille qui cherchait à confier un enfant et nous…


il ne s’agissait pas seulement de la recherche d’un enfant pour construire une famille, mais bien de la rencontre de deux histoires et deux familles : une famille qui cherchait à confier un enfant et nous…



Notre petit garçon est né à Tahiti en octobre 2013. Sa maman biologique vient des Marquises, nous avons inventé l'adjectif "franquisien" (français-maquisien) pour parler de lui !

Voilà qui témoigne du mélange de ses origines biologiques et adoptives et de l’entente des deux familles autour des origines de son histoire.


Plus concrètement, nous sommes venus passer d'abord 15 jours à Tahiti, pour sentir l'atmosphère de l'île, savoir si nous y étions bien. Nous sommes rentrés chez nous déterminés à venir plus longuement pour chercher une rencontre... Nous sommes donc revenus en 2013, passer 6 mois à Tahiti.

Nous avions rencontré avant de partir plusieurs familles qui avaient adopté à Tahiti et nous avions déjà une idée de ce que nous souhaitions et de ce que nous ne souhaitions pas dans la façon d'aborder et de rencontrer les gens, de nouer des liens. Nous avons aussi lu beaucoup de témoignages, essayé de trouver tout ce qui parlait du fa'a'amu (livres, films) et nous permettrait d’en savoir un peu plus sur cette coutume, pour essayer d’éviter de commettre trop d’impairs…


Nous avons choisi de nous installer 6 mois à Tahiti (le temps d’un mi temps annualisé dans l’éducation nationale pour moi) et de parler de notre projet autour de nous, tout en faisant les activités importantes pour nous et en découvrant de plus près la culture polynésienne à travers la danse tahitienne, l’artisanat, les sports nautiques ou de pleine nature...

Nous avons choisi de ne pas parler systématiquement à tout le monde de notre projet, nous n'avions pas les "fameuses" petites cartes de visite.

C'était une approche très "tempérée", mais nous parlions de notre projet lorsque nous avions l’impression que le contact était passé avec nos interlocuteurs.


Au bout de deux mois, nous étions vraiment découragés de n'avoir aucune piste. L’impression de montagnes russes : beaucoup d’espoir et d’énergie et puis parfois un immense découragement. Mais finalement, nous avons pu rencontrer la maman biologique de notre petit garçon, par l’intermédiaire d’une amie qui nous a mis en lien avec elle, qui était alors enceinte de 7 mois et demi. Mon mari est rentré travailler en métropole deux jours après cette rencontre. Nous avons pris le temps de faire connaissance toutes les deux : nous avons cuisiné, cousu, bricolé, tressé des couronnes, nous nous sommes promenées, je l'ai accompagnée aux rendez-vous médicaux. Nous avons beaucoup parlé, ri. C’était une période très riche mais parfois très difficile à vivre, tout semblait ne tenir qu’à un fil.


Notre petit garçon est né au Taaone le 16 octobre 2013. J’ai pu être présente dans la salle de naissance lors de l’accouchement, c’était un moment très émouvant, pas évident à vivre, mais nous avions créé des liens très forts. Ce lien avec la maman biologique a été déterminant je pense dans la façon dont le personnel nous a accompagnées et considérées. Je ne devais normalement pas rester la nuit, mais la maman biologique a demandé à ce que je reste pour m’occuper de notre bébé, ce qui a été accepté. Notre petit garçon a donc eu auprès de lui ses deux mamans et son papa adoptif pour ses premiers jours de vie (ainsi que mes parents et une partie de la famille de Tahiti qui est passée à l’hôpital). C’était très joyeux, même s’il y a eu de grands moments de doutes ou plus difficiles à vivre. Trouver sa place dans l’histoire d’une famille qui choisit de confier un enfant à la naissance n’est pas toujours évident mais c’est aussi une période très intense et heureuse.


Ce lien avec la maman biologique a été déterminant je pense dans la façon dont le personnel nous a accompagnées et considérées.


Notre petit garçon a maintenant 5 ans, nous sommes revenus deux fois à Tahiti : deux mois en 2015 et nous sommes actuellement à Tahiti pour un an. Nous sommes donc allés à la rencontre de la famille marquisienne de notre petit garçon deux fois. Il connait son histoire depuis toujours, nous regardons souvent des photos et lisons l’histoire des Deux mamans de Petit Roux depuis qu’il est tout petit.




La rencontre avec sa famille marquisienne a été naturelle pour lui en 2015, il avait 2 ans et demi. Nous avons été accueillis les bras grands ouverts par les tontons, taties, la maman, la grand-mère, les cousins et le grand frère. C’est une vraie chance pour notre famille de pouvoir les rencontrer.

Nous y sommes retournés cette année également, il était très heureux de retrouver ses cousins et son grand-frère qu’il avait vus en photo. Le séjour s’est très bien passé une fois de plus. Nous avions l’impression de retrouver une partie de la famille que nous voyons rarement…


Je pense que l’appartenance à deux cultures et cette histoire tellement singulière sont une vraie force pour notre fils. Il faut maintenant qu’il puisse s’approprier et comprendre tout cela à son rythme. Il est encore petit mais prend peu à peu conscience de certaines choses. Nous essayons de lui donner le plus de cartes possibles pour qu’il comprenne son histoire et puisse s’en servir quand il en aura besoin. Il a découvert la danse marquisienne en allant assister à des spectacles donnés par ses tontons marquisiens, il était très impressionné et très fier !


Je pense que l’appartenance à deux cultures et cette histoire tellement singulière sont une vraie force pour notre fils.


En faisant le choix de rester à Tahiti une année complète, je trouve que cela permet de comprendre encore mieux la culture polynésienne et de découvrir nos points communs mais aussi nos grandes différences culturelles. Je pense que les retrouvailles et moments passés avec sa famille de naissance sont importants pour sa construction, mais je ne sais pas comment sa maman de naissance perçoit nos retours. J’espère que cela ne remue pas chez elle trop de souvenirs douloureux et que ça ne la bouscule pas trop dans son quotidien. C’est cette compréhension-là de l’autre que je trouve difficile à cerner.

Nous étions très proches mais avec la distance et le temps qui passe, le lien entre nous se détend, même si j’appelle et envoie des photos régulièrement. Est-ce que ce qui me semble bon pour mon fils n’est pas trop intrusif pour sa famille de naissance ?


C’est cette compréhension-là de l’autre que je trouve difficile à cerner.


Mais je mesure la chance que nous avons eu de faire cette rencontre incroyable. Notre famille fa'a'amu est un vrai miracle ! C’est une formidable aventure humaine mais qui peut aussi être par certains côtés terriblement difficile à vivre.


C’est une formidable aventure humaine mais qui peut aussi être par certains côtés terriblement difficile à vivre.


Nous souhaitons cette année adopter un autre enfant, mais nous n’avons pas encore eu la chance de faire une rencontre, cela nous permet de réaliser une fois de plus comme nous avons eu de la chance il y a 5 ans et de prendre la mesure du chemin parcouru…



Temanu sur le speed boat aux Marquises






Un grand merci à Chloé pour son témoignage, sa franchise, le partage de ses joies et ses doutes. Merci de nous montrer avec subtilité les nombreuses facettes de cette coutume séculaire, adaptée par les adoptants métropolitains. Bonne chance pour la suite !

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  • Interview Tetuanui
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  • Tetuanui
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© 2018 par Prisca Guillemette Artur